Jacques Brel

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Jacques Brel Le « Grand Jacques », trop tôt disparu, s’était fixé un idéal : « essayer ». On a envie pour parler de Jacques Brel d’évoquer Rimbaud. Même appartenance géographique, même abandon de la « carrière » artistique, même volonté de faire passer la vie avant l’œuvre, même fuite au-delà des mers, même mort prématurée. On dit de Rimbaud qu’il n’était pas un poète mais quelqu’un qui était passé par la poésie, de la même manière Brel était bien plus qu’un chanteur. Dès 1953, année où il débute à la Rose Noire, un cabaret bruxellois, la chanson n’est pas pour lui une fin en soi, mais l’expression d’une quête existentielle. Et d’abord un moyen d’échapper à l’avenir désespérant que lui a tracé son père.




Jacques Brel

Fils d’un industriel flamand mais francophone, Jacques Brel, est en effet destiné à reprendre les rênes de la cartonnerie familiale. Après une enfance bien terne, illuminée seulement par un passage à la Franche Cordée, troupe théâtrale amateur d’inspiration catholique, il s’est marié en 1950 avec Miche. Mais le jeune homme attend autre chose de la vie. En même temps qu’il fait ses premiers pas sur scène, il enregistre pour la branche belge de Philips, sous la forme d’un disque 78 tours, une maquette à l’intention des radios et des directeurs de salles de spectacle. Le disque parvient à Jacques Canetti qui lui téléphone et l’invite à venir le voir. Brel vient chanter quinze jours aux Trois Baudets puis décide de s’installer à Paris pour y tenter sa chance. Son père lui coupe les vivres. Pour subsister, le jeune belge court le cacheton et ne mange pas tous les jours à sa faim. Début 1954, grâce à Canetti, il sort un premier 25 cm chez Philips où il dévoile déjà l’esprit de révolte qui l’anime. L’album dans son ensemble et en particulier les trois chansons les plus réussies – Grand Jacques, Le diable et Sur la place – attestent des préoccupations chrétiennes du chanteur, qui s’interroge sur l’authenticité de la foi et en appelle à la charité et à la bonté face à la laideur du monde. C’est à cette époque que Brassens, qui le côtoie dans les cabarets, le surnomme « l'abbé Brel ».






En attendant un succès qui ne vient pas (un journaliste fielleux lui signale dans un de ses articles qu’il existe « d’excellents trains pour Bruxelles »), Brel en profite pour peaufiner ses chansons. A force de travail, peu à peu les faiblesses d’écriture, le style laborieux, les lieux communs des premières pièces s’estompent. En 1957, il sort son deuxième 25 cm, d’où émerge sa première grande chanson : Quand on n’a que l’amour. C’est cette même chanson qui, l’année suivante, couronne son passage à l’Olympia en première partie de Philippe Clay, à qui il vole la vedette. A cette même époque, Brel fait la connaissance de François Rauber, jeune pianiste encore au conservatoire. Rencontre décisive. Outre le fait qu’il lui propose des arrangements qui collent parfaitement à son univers, Rauber conseille à Brel d’abandonner la guitare comme instrument d’accompagnement, ce qui va avoir comme effet de libérer son jeu de scène. François Rauber, qui restera l’arrangeur de Brel jusqu’à la fin, est bientôt rejoint comme accompagnateur et compositeur par le pianiste Gérard Jouannest. Cette mutation musicale s’accompagne d’une évolution stylistique globale. Brel a mûri, rompant avec l’idéalisme un peu scout de ses débuts, il se fait acerbe et pratique maintenant la satire, comme en témoigne Les Flamandes, qui lui vaut de nombreux ennemis en Belgique. Et même lorsqu’en apparence il chante l’amour, comme dans Ne me quitte pas, sublime supplication de désespoir amoureux, c’est en précisant qu’il n’a voulu en fait que dénoncer la lâcheté des homme vis-à-vis des femmes. Toujours en mouvement, Brel passe sa vie en tournée. Au milieu des années 60's, il donne jusqu’à trois cents concerts par an. Que ce soit à l’Olympia ou dans une salle de fêtes de province, il sue, postillonne et se donne avec autant d’énergie. La scène est pour lui une sorte de sacerdoce. Il le dit lui-même, s’il chante c’est qu’il a « mal aux autres ». A travers toute une galerie de personnages – Jef, Fernand, Jacky, Madelaine, Mathilde, La Fanette – il montre l’humanité dans toute sa grandeur et toute sa mesquinerie. Brel a le génie de l’humain. Il ne juge pas, il incarne, n’hésite pas à se mettre en scène lui-même, se montrant sous les traits d’un cheval hennissant. Il ne chante pas ses chansons, il les vit. Battant l’air de ses bras trop longs, les mains ouvertes, il mime chaque mot, joue du geste et de la mimique. La voix, grave et chaude, s’enfle au rythme de la phrase, et se déploie à la fin de la chanson en un crescendo qui devient une sorte de marque de fabrique. Cette technique atteint son paroxysme avec Amsterdam, crée à l’Olympia en 1964 et que Brel devra chanter deux fois de suite le soir de la première, le public, debout, l’empêchant de poursuivre son récital.






En 1966, lors d’une série de concerts légendaires à l’Olympia, Brel annonce qu’il a arrêté le tour de chant car, explique-t-il, il est sur le point de « devenir habile » et cela nuirait à sa sincérité. Il met un an à honorer ses derniers engagements et le 17 mai 1967 donne un dernier récital dans un petit cinéma de Roubaix.




Dans une interview, à la question « Quel est votre idéal ? », Brel répondra d’un mot: « Essayer ». Après avoir abandonné la chanson, cet aventurier va donc se fixer de nouveaux défis. D’abord la comédie musicale avec L’homme de la Mancha en 1968, où il incarne Don Quichotte, personnage qui lui va comme un gant et exprime bien sa philosophie de la vie. Refusant toute prudence, toute immobilité, il est déterminé à « aller voir ». C’est ce qu’il fait en se lançant dans le cinéma, d’abord comme acteur (Les risques du métier, L’aventure c’est l’aventure, Mon oncle Benjamin) ensuite comme réalisateur (Franz, avec Barbara, et Le Far West). Toujours désireux d’apprendre de nouvelles choses, de vivre de nouvelles expériences, il s’éloigne ensuite du milieu du spectacle, pour voyager à travers le monde à bord de son voilier l’Askoy. Au cours de son périple, il découvre la Polynésie et l’Île d’Atuona, dans l’archipel des Marquises. C’est là qu’il vivra ses dernières années, dans une petite maison sans électricité, avec son dernier amour, Maddly.




En 1977, un an avant sa mort, Brel, atteint d’un cancer, revient à Paris enregistrer un dernier album, intitulé simplement « Brel ». Fidèle à ses musiciens (Raubert et Jouannest), il l’est aussi dans cet ultime opus à ses thèmes de toujours : l’amitié (Jojo, Voir un ami pleurer), le danger représenté par les femmes (Les remparts de Varsovie, Le Lion) et la « belgitude » (Les F…). Brel s’attaque d’autant plus violemment aux extrémistes flamands, ces « Flamingants » qu’il qualifie de « nazis pendant les guerres et catholiques entre elles », qu’il a pour ailleurs constamment exprimé dans ses chansons l’amour de la Belgique, notamment dans Bruxelles et Le Plat Pays. Sur ce disque figurent également trois des plus belles chansons jamais écrites par Brel : La ville s’endormait, Orly et Les Marquises. Derniers vers de cette chanson, qui concluent l’album: « Veux-tu que je te dise/ Gémir n’est pas de mise / Aux Marquises ». Le 9 octobre 1978, Jacques Brel mourait d’une embolie pulmonaire à l’hôpital franco musulman de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Il est enterré aux Marquises.


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La fiche

NomJacques Brel (Jacques Romain Georges Brel)
Date de naissance8 avril 1929
Lieu de naissanceSchaerbeek (Belgique)
Date de décès9 octobre 1978
Lieu de décèsBobigny (France)
NationalitéBelge
Profession(s)Auteur, chanteur, acteur, réalisateur
Années activesDe 1953 à 1977


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Les liens

Origine Schaerbeek, Belgique
Site officiel http://www.jacquesbrel.be/
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